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Recherches historiques autour de la Bible, de Jésus et des premiers chrétiens

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Les 70 semaines d'années (septénaires) du Livre de Daniel : décodage

LES SOIXANTE-DIX « SEMAINES » :

Commentaire du chapitre IX, versets 20 à 27, du livre de Daniel 

 

« Il a été fixé soixante-dix septénaires sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour faire cesser la perversité et mettre un terme au péché, pour absoudre la faute et amener la justice éternelle, pour sceller vision et prophète et pour oindre un Saint des Saints.

Sache donc et comprends : Depuis le surgissement d’une parole en vue de la reconstruction de Jérusalem, jusqu'à un messie-chef, il y aura sept septénaires. Pendant soixante-deux septénaires, places et fossés seront rebâtis, mais dans la détresse des temps. Et après soixante-deux septénaires, un oint sera retranché, mais non pas pour lui-même. »

 

Daniel IX, 24-26.

 

La plupart des commentateurs chrétiens ont compris « le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie » (version Segond), comme correspondant à la 20e année du règne d’Artaxerxés I, dit Longuemain, c’est-à-dire 445 av. J.-C. Il s’agirait alors du décret dont parle Néhémie (II, 8) et par lequel le roi de Perse aurait autorisé les Juifs à rebâtir Jérusalem. C’est le terme hébreu shâbhoua, littéralement « semaine » que la version TOB a rendu par « septénaire ». Le contexte nous autorise à penser qu’il s’agit bien en effet de « semaines d’années », soit de périodes de sept ans. Le cas échéant, le texte n’offrirait aucun sens. Les sept septénaires dont il est question, correspondent donc à 49 ans (7 x 7 ans) et les soixante-deux autres à 434 ans (62 x 7 ans). Si l’on part de l’année retenue plus haut de 445 av. J.-C. et qu’on y ajoute 49 et 434 ans, on arrive ainsi à la date présumée de 39 apr. J.-C. soit à peu près celle de la mort de Jésus (on n’en connaît pas l’année exacte). Or, le texte dit précisément qu’un oint, c’est-à-dire un messie (hébreu : mâshiah), « sera retranché » à ce moment-là.

 

Développement étonnant mais sans réelle valeur. Cette chronologie « arrangée » a en effet le défaut de ne pas partir de la bonne date. D’autre part si le total 49 + 434 semble bien correspondre à quelque chose, la date de 396 av. J.-C. (445 - 49) - première étape de calcul - supposée être celle où apparaît un « messie-chef » et ou « places et fossés » commencent à être « rebâtis » ne correspond historiquement à rien du tout (1). Tout d’abord, il faut garder à l’esprit que l’auteur du livre écrit ces lignes à la fin de l’année 164 av. J.-C. Il parle d’événements qu’il a vécus ou dont il a eu connaissance. Ces « prophéties » faites après coup, se limitent à la période précédant la rédaction du rouleau.

 

En réalité le messie, l’ « oint », dont il est question, a toutes les raisons d’être le grand prêtre Onias III assassiné en 171 av. J.-C. par son rival Ménélas (2). Le titre de messie (mâshiah) était en effet traditionnellement accordé aux grands prêtres, aux rois israélites, et même parfois aux souverains alliés comme Cyrus, roi des Mèdes et des Perses (Esaïe XLV, 1). Il signifie simplement « oint », c’est-à-dire, celui qui a reçu l’onction d’huile. Dans le Psaume CV, 15 il désigne tous les prophètes : « Ne touchez pas à mes messies » et dans le livre d’Habacuc (III,13), ainsi que dans les Psaumes (XXVIII, 8) il est même étendu à l’ensemble de la communauté d’Israël. De fait, si l’on remonte de 434 ans en arrière (62 septénaires à partir de cet assassinat), on arrive très logiquement à l’année 605 av. J.-C. (434 + 171), qui est exactement celle de l’invasion de Juda par Nabuchodonosor et de la première déportation (3).

 

« Or la première année de Cyrus, roi de Perse - afin que s’accomplisse la parole du Seigneur, sortie de la bouche de Jérémie -, le Seigneur éveilla l’esprit de Cyrus, roi de Perse... »

 

Esdras I, 1.

 

En 538 av. J.-C., Cyrus le Grand décide par libéralité de rebâtir le Temple de Jérusalem détruit, ainsi que la ville, en 587 av. J.-C. par Nabuchodonosor. Or, le roi Cyrus est considéré dans tout le livre d’Esaïe comme étant le Messie choisi par Dieu pour délivrer son peuple opprimé par les Babyloniens. Il est ce « messie-chef » dont parle Daniel et que Dieu a choisi pour rebâtir le Temple et la ville :

 

« Je dis de Cyrus : C’est mon berger ;

tout ce qui me plaît, il le fera réussir,

en disant pour Jérusalem : « Qu’elle soit rebâtie »,

et pour le Temple : « Sois à nouveau fondé ! »

 

Esaïe XLIV, 28.

 

49 ans (7 septénaires) séparent la destruction de la ville et du Temple (587 av. J.-C.) de la venue du « messie-chef », Cyrus, le restaurateur (538 av. J.-C.). Nabuchodonosor commence à régner en 605 et Jérémie prophétise la reconstruction de Jérusalem la dix-huitième année de son règne (Jérémie XXXII, 1) soit en 587 av. J.-C., précisément :

 

« Voici, les jours viennent, dit l’Eternel,

Où la ville sera rebâtie à l’honneur de l’Eternel,

Depuis la tour de Hananeel jusqu’à la porte de l’angle. »

 

Jérémie XXXI, 38 (Version Segond).

 

Or, Daniel (voir supra), écrit justement que : « Depuis le surgissement d’une parole en vue de la reconstruction de Jérusalem, jusqu’à un messie-chef, il y aura sept septénaires » et, de la prophétie effectuée par Jérémie, qui annonce cette reconstruction, à la venue de Cyrus, le messie d’Esaïe, il y a très exactement sept septénaires, soit 49 ans (4). Aucun doute à avoir donc, sur l’identité de celui qui annonce cette parole, il s’agit bien du prophète Jérémie qui est d’ailleurs expressément nommé par Daniel, quelques lignes plus haut :

 

« En l’an un de Darius, fils d’Assuérus, de la race des Mèdes, qui avait été fait roi du royaume des Chaldéens en l’an un de son règne, moi Daniel je considérai dans les Livres le nombre des années, qui selon la parole du Seigneur au prophète Jérémie, doivent s’accomplir sur les ruines de Jérusalem : soixante-dix ans. »

 

Daniel IX, 1, 2.

 

Esdras cité plus haut, nous dit également que Cyrus décide de rebâtir le Temple « afin que s’accomplisse la parole du Seigneur, sortie de la bouche de Jérémie ». La fin de la vision de Daniel vient confirmer et conclure tout ce que nous avons dit précédemment :

 

    « Quant à la ville et au sanctuaire, le peuple d’un chef à venir les détruira ; mais sa fin viendra dans un déferlement, et jusqu’à la fin de la guerre seront décrétées des dévastations. Il imposera une alliance à une multitude pendant un septénaire, et pendant la moitié du septénaire, il fera cesser sacrifice et oblation ; sur l’aile des abominations, il y aura un dévastateur et cela, jusqu’à ce que l’anéantissement décrété fonde sur le dévastateur. »

 

Daniel IX, 26, 27.

 

Donc, Daniel nous a parlé en premier lieu des 7 septénaires qui séparaient la prophétie de Jérémie relative à la reconstruction de Jérusalem et du Temple (587 av. J.-C.) de sa réalisation par le biais de Cyrus (538 av. J.-C.). Puis, il a mentionné les 62 septénaires qui séparent la première prise de Jérusalem et la déportation (605 av. J.-C.) de la mort d’un « oint » (171 av. J.-C.), le grand prêtre Onias III. On remarquera qu’il ne suffisait pas seulement d’additionner 7 et 62 (contrairement à ce qu’aurait pu laisser croire Daniel IX, 24) mais que les septénaires ont, du fait de ce qu’ils représentent, une identité propre. Ainsi voyons-nous que la période que couvrent les 7 septénaires (587 à 538 av. J.-C.) est comprise dans celle des 62 septénaires (605 à 171 av. J.-C.). Comme 62 + 7 septénaires font 483 ans et que le comput est censé partir du décret d’Artaxerxés en 445 av. J.-C., la solution de facilité était évidemment de faire coïncider cette prophétie avec la mort de Jésus, compris comme étant l’ « oint » dont parle Daniel (Onias en réalité).

 

Le dernier septénaire qui complète les 62 (dont 7) autres pour atteindre le nombre symbolique de 70 voulu par Daniel (« Il a été fixé soixante-dix septénaires ») est la courte période comprise entre 171 (mort d’Onias) et 164 av. J.-C. La moitié du septénaire correspond à l’année 167 où Antiochus Epiphane, le « chef », le « dévastateur » dont il est question, commence à persécuter les Juifs. Tous ces chiffres coïncident parfaitement comme tout lecteur curieux pourra le vérifier rapidement par lui-même.

 

Thierry Murcia, 1990 (revu en 2001)

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Notes

  1. La TMN, version officielle des Témoins de Jéhovah, est un peu confuse ici dans sa traduction même s’il faut reconnaître que le texte hébreu manque un peu de clarté (Daniel IX, 29). La traduction qu’elle en donne lui permet d’évacuer une difficulté de date concernant la reconstruction progressive de Jérusalem et qui, comme nous l’avons dit, ne correspond historiquement à rien si l’on prend pour point de départ le décret d’Artaxerxés de 445 avant J.-C. Cependant, la date même qu’elle retient pour ce dernier : 455 avant J.-C. au lieu de 445 avant J.-C., et qui lui permet de faire coïncider parfaitement le début du ministère de Jésus (29 après J.-C.) avec la fin des soixante-neuf semaines, tient davantage de l’acte de foi que de la réalité historique.  
  2. Onias est peu connu des protestants. Il n’est mentionné dans la Bible que dans les livres deutérocanoniques (I et II Maccabées) où il apparaît à 19 reprises. C’est un personnage illustre, considéré comme un saint homme, un grand prêtre « oint » digne de sa charge auquel Flavius Josèphe et le Talmud rendent également témoignage. Précisons que cette identification de l’« Oint retranché » avec le grand prêtre Onias est acceptée par la quasi-totalité des spécialistes, exégètes juifs compris. 
  3. Cette date de 605 avant J.-C. comme marquant le début du règne de Nabuchodonosor, historiquement fondée et acceptée par tous, est également récusée par la Watchtower (Société des Témoins de Jéhovah) qui retient la date de 625 avant J.-C. sur laquelle elle fonde une partie de son eschatologie.  
  4. C’est aussi ce qu’écrit Emile Osty : « Il s’agit probablement de Cyrus (…) de 587 (date possible de l’oracle de Jérémie) jusqu’en 538-7, il y a bien 49 ans » (note sur Daniel IX, 25). Voir aussi la traduction de la Bible par le rabbinat français et la note pour ce verset. Je ne fais donc ici que confirmer, étant moi-même arrivé aux même conclusions avant d’avoir consulté ces différentes notes. Mais on aura remarqué que la date de la prophétie de Jérémie relative à la reconstruction de Jérusalem n’est pas expressément mentionnée (Jérémie XXXI, 38). Daniel aura donc simplement pris la date la plus proche (587 av. J.-C.) qu’il aura trouvée chez Jérémie et qui est celle marquant, quelques lignes plus loin, la prophétie suivante (Jérémie XXXII, 1). Par ailleurs, il ne faut pas confondre la prophétie de Jérémie datée de 605 av. J.-C. (l’an I du règne de Nabuchodonosor) accordant à Babylone 70 ans d’hégémonie (Jérémie XXV, 12, 13) et promettant aux Hébreux leur retour à Jérusalem (Jérémie XXIX, 10) à l’issue de ce temps, et la prophétie du même, datée de 587 av. J.-C. (l’an XVIII de Nabuchodonosor) et annonçant la reconstruction effective de Jérusalem.
Frise chronologique : Les 70 semaines d'années du Livre de Daniel (décodage)

Frise chronologique : Les 70 semaines d'années du Livre de Daniel (décodage)

a) 605 : Début du règne de Nabuchodonosor. Prise de Jérusalem et 1re déportation. Début des 62 septénaires (Daniel IX, 25).

b) 587 : 18e année du règne de Nabuchodonosor. Annonce de la reconstruction de Jérusalem par Jérémie (Jérémie XXXI, 38 ; Daniel IX, 25). Début des 7 septénaires.

c) 538 : Venue du « Messie-chef » (Cyrus). Décision de reconstruire la Ville et le Temple (Isaïe XLIV, 28 ; XLV, 1 ; Esdras I, 1 ; Daniel IX, 25). Fin des 7 septénaires.

d) 171 : Assassinat de l’« Oint » (Onias III) à l’issue des 62 septénaires (Daniel IX, 26 ; II Maccabées IV, 34). Début du dernier septénaire.

e) 167 : « L’abomination du dévastateur » (Daniel IX, 27 ; XI, 31 ; XII, 11), profanation du Temple par Antiochus Épiphane. Milieu du dernier septénaire.

f) 164 : Terme du dernier septénaire. Rédaction du livre de Daniel. Mort d’Antiochus Épiphane.

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Voir également :

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P
Bonjour<br /> Suis bien soucieux de comprendre la révélation de Daniel 9. Je trouve que vos explications semblent plus cohérentes que les enseignements couramment prodigués autour de ce sujet. Toutefois, je trouve qu'il y a des choses importantes que vous n'avez pas abordées dans votre article. <br /> 1 - Selon votre analyse, à quoi se rapporte les actions ci-après décrites : " ......1 pour faire cesser la perversité et mettre un terme au péché, 2 pour absoudre la faute et amener la justice éternelle, 3 pour sceller vision et prophète et pour oindre un Saint des Saints". <br /> <br /> Cordiales salutations
Répondre
T
Merci pour vos appréciations. Vous avez tout à fait raison, ce n'est pas complet. Mais vous trouverez davantage d'informations dans le livret que j'ai consacré aux Visions du Livre de Daniel et intitulé : L'Apocalypse selon Daniel. Perspectives historique et eschatologique. Lien ci-dessous :<br /> <br /> http://thierry-murcia-recherches-historico-bibliques.over-blog.com/2018/02/l-apocalypse-selon-daniel-perspectives-historique-et-eschatologique-du-livre-de-daniel.html<br /> <br /> Bien Cordialement et bonne lecture, TM PhD