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Recherches historiques autour de la Bible, de Jésus et des premiers chrétiens

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La Fin du Monde (3)

Prophéties de Nostradamus, Lyon, vers 1600

Prophéties de Nostradamus, Lyon, vers 1600

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La Fin du Monde (3/3)

 

Avec la Réforme, le millénarisme connaîtra une nouvelle vigueur :

 

« Le mouvement qui se dessine dès les premières prédications de Luther et de Zwingle est un spiritualisme qui prit le nom d’Anabaptisme. Au début, il semble que ce soit un mouvement spontané d’exaltés surgissant à la fois, en plusieurs lieux, partout où la Réforme a des adhérents. Sans doute est-ce à Zurich (prophètes de Zwickau autour de Thomas Münzer) qu’ils apparaissent. Persécutés par Zwingle, noyés, brûlés, chassés, ils s’éparpillent dans l’Empire : Franconie, Alsace, Moravie, Hollande, Italie orientale, Saxe (trois disciples de Münzer entrent à Wittemberg en 1521).

Leurs doctrines ne forment pas un corps de pensées bien net. Franchement réformés, ils nient la prédestination, affirment le sacerdoce universel, la supériorité de l’Esprit sur l’Écriture. Ils sont donc individualistes à outrance et cherchent la vérité dans le prophétisme et l’illumination. D’où, opposition formelle à toute forme ecclésiastique définie.

Leurs idées eschatologiques sont très prononcées : le royaume de Dieu est imminent ; donc inutile de prendre en considération les lois de l’État ; donc réaction contre toute autorité constituée : refus du serment, de l’impôt, antimilitarisme, parfois communisme.

Enfin, morale rigoureuse, bien qu’ils rejettent la damnation éternelle et laissent de côté l’œuvre de salut de Jésus. Ils ne prétendent pas renouer avec l’Église apostolique comme les autres réformés, mais rétablir un état de choses qui eût dû être permanent et qui, en fait, n’a été réalisé que çà et là à travers les siècles. On retrouve chez ces croyants, qui ont pris pour signe de ralliement le baptême des adultes, des tendances remarquées chez les Vaudois d’Italie, chez les Fraticelli, chez les Taborites. Hérésie ancienne, excroissance du spiritualisme […] Si les anabaptistes rhénans sont partisans de la non-violence, ceux de l’Allemagne passent à la résistance, bientôt à l’attaque. La guerre de paysans n’est pas sans relation avec l’hérésie. Chassé de Wittemberg et d’ailleurs, Münzer s’établit enfin à Mulhaüsen, y prêche le royaume de Dieu, le partage du monde entre les paysans, suscite la soif de la justice et de la possession […] En 1533, en effet, des bandes misérables venues de Hollande passent en Westphalie. Munster luthérienne, en révolte contre son évêque, leur ouvre ses portes. Les anabaptistes, en février 1534, prennent le pouvoir, organisent la Sion nouvelle, la cité des saints : abolition de la propriété, polygamie, terreur, prophéties. Des centaines de Hollandais arrivent à Munster pour profiter du nouveau messie, un boulanger de Harlem. Au bout d’un an, la ville affamée, divisée entre catholiques, luthériens et anabaptistes, est reprise par les soldats de l’évêque. Inutile de parler de la répression…

L’anabaptisme lui-même ne disparut pas. Émietté naturellement en sectes nombreuses (mennonisme, jorisme, etc.), il revint à un idéal pacifiste. »[1]

 

Au tournant du xviiie siècle et du xixe siècle, de nombreux chrétiens, et non des moindres, surtout dans les pays protestants, sont convaincus que le retour et l’avènement du Christ sont imminents. Isaac Newton, Michael Faraday, Joseph Priestley (le découvreur de l’oxygène) et Timothy Dwight sont de ceux-là. Timothy Dwight, président de l’université de Yale, dont les vues sont partagées par de nombreux presbytériens et congrégationalistes américains, enseigne publiquement que les prophéties de l’Apocalypse sont en train de se réaliser. Vers 1818, un certain fermier du nom de William Miller, calcule, d’après les Écritures, que le second avènement de Jésus (d’où le nom d’« adventiste » donné par la suite à ce mouvement) doit se produire entre le 21 mars 1843 et le 21 mars 1844. Il connaît un franc succès et, largement soutenu, donne des centaines de conférences et publie deux périodiques. Allant de congrégation en congrégation, des centaines de prédicateurs se mettent alors à annoncer la fin des temps. L’apparition d’une comète en 1843[2] semble leur donner raison. Mais l’année entière s’écoule sans que rien ne se passe. Une nouvelle date est alors annoncée, octobre 1844, fondée cette fois sur le calendrier juif. À la fin de l’année 1844, comme le Christ ne revient toujours pas, la plupart des adventistes, désabusés, quittent le mouvement. Ceux qui restent fondent le mouvement des « adventistes du septième jour » qui considère dès lors que l’année 1844 a constitué un tournant, mais que tout s’est déroulé dans les lieux célestes : cette année-là, après avoir achevé la première partie de son travail d’expiation et de réconciliation dans la première pièce du Sanctuaire, le Christ a enfin pénétré dans le lieu très saint pour s’acquitter de la seconde partie de sa mission : la purification du Sanctuaire.

 

« La théologie des adventistes du Septième Jour est compliquée. Les adventistes insistent sur le libre arbitre ; ils croient que le rachat ne s’est pas accompli entièrement sur la croix et qu’il continue, ils nient l’immortalité de l’âme, en mettant l’accent sur la résurrection (ou sur la montée au ciel) comme le font d’autres mouvements adventistes qui se soucient assez peu des conventions de l’eschatologie chrétienne. Ils admettent néanmoins que le ciel soit un théâtre d’opération, et ils pensent que les croyants y monteront au moment de l’Armageddon (la bataille entre les non-chrétiens et les chrétiens), Satan étant laissé pour mille ans sur la terre réduite à l’état de désert cependant que les saints règneront au paradis avec le Christ. Après la fin du millenium, le Christ descendra avec les saints, il châtiera les méchants et créera un monde nouveau dont la Nouvelle Jérusalem sera le centre. Une résurrection spéciale aura lieu au bénéfice de ceux qui seront morts depuis 1846 et qui auront observé le repos du septième jour […] L’observance du sabbat et l’attente obstinée du millenium sont des traits qui distinguent les adventistes du Septième Jour des autres croyants, comme le sont aussi leurs tabous alimentaires et leur objection de conscience au service militaire. »[3]

 

Après l’échec de 1844, on continua à identifier les puissances politiques (dont les États-Unis) et religieuses (en particulier le pape et l’Église de Rome) de l’époque, avec les bêtes des Livres de Daniel et de l’Apocalypse et avec la grande prostituée de Jean.

 

Dans le sillon de William Miller, un médecin du nom de John Thomas (1805-1871) fut à l’origine d’une autre secte adventiste, les « Christadelphes ». Il tenait lui aussi pour imminent le retour de Jésus. Il n’acceptait le baptême que pour les adultes, rejetait la doctrine de la Trinité, ainsi que les idées sur l’âme, sur le Ciel et l’Enfer. Tout comme les adventistes du Septième jour, les Christadelphes sont toujours actifs aujourd’hui. Ils sont objecteurs de conscience, étudient activement la Bible et continuent d’évangéliser.

 

Élevé dans la foi presbytérienne, Charles Taze Russell né à Pittsburgh (Pennsylvanie) en 1852, entre en contact avec des adventistes lors d’une réunion locale en 1870. Avec eux, il étudie les Écritures et se laisse notamment convaincre que le retour du Christ est imminent et que l’Enfer n’existe pas. Il reprend les calculs de Miller et prévoit le retour du Christ pour 1874. Une fois l’année 1874 écoulée, il effectue de nouveaux calculs pour aboutir cette fois à 1914. Mais comme l’année 1914 s’achevait et que rien ne venait, beaucoup d’adeptes de Russell firent alors défection. Les Étudiants de la Bible (qui allaient devenir, en 1931, les Témoins de Jéhovah) qui restèrent dans l’organisation expliquèrent alors que Jésus avait effectivement été intronisé cette année-là mais que cet événement solennel s’était déroulé dans les lieux célestes. Le Christ était donc bien de nouveau présent mais de façon « invisible ». Ainsi – comme il l’avait déjà été soixante-dix ans plus tôt par les adventistes après l’échec de 1844 – le retour du Christ fut une nouvelle fois « spiritualisé ».

 

Six ans plus tard, le juge Joseph Rutherford, successeur de Russell (mort en 1916) à la tête de l’organisation, annonça, sur la base d’un nouveau calcul, que le jugement devait intervenir en 1925 et que de nombreuses résurrections auraient alors lieu. C’est ce qu’il explique dans son livre paru en 1920 et intitulé : Des millions de personnes actuellement vivantes ne mourront jamais. L’échec de sa prédiction n’empêcha pas Rutherford de continuer à déclarer, quelques années plus tard (en 1932), que la fin était imminente et que l’on y serait « en beaucoup moins qu’une génération ». Dans les années 60, sous la présidence de Nathan Knorr (1942-1977), le 2e successeur de Russell, une nouvelle date fut alors suggérée (plutôt qu’affirmée) : 1975. Elle partait de la date supposée de la création d’Adam et ève : 4026 av. J.-C. L’année écoulée s’accompagna de nouvelles défections au sein du mouvement.

 

Aujourd’hui, les Témoins de Jéhovah continuent d’enseigner que la génération qui a connu 1914 connaîtra également la « fin de ce système de choses ». Par « génération », on entend généralement une période comprise entre 20 et 30 ans. Mais prudence est mère de sûreté. Et, comme les témoins de la Grande Guerre se font de plus en plus rares – et avant qu’ils ne disparaissent complètement –, le mot « génération » a depuis été vidé de son sens par l’organisation au terme d’un article visant à expliquer que, par « génération », il ne fallait pas (en l’occurrence « plus ») entendre simplement « génération »[4], mais quelque chose de « beaucoup plus large ». Selon cette nouvelle interprétation, des Américains ou des Européens vivant en 2100 (par exemple), pourraient également trouver leur place dans cette génération de 1914 devenue extensible. Un aménagement salutaire qui procure aux leaders actuels du mouvement (et à leurs successeurs) une marge de manœuvre confortable dont n’avaient pas eu le loisir de bénéficier leurs prédécesseurs.  

 

La fin du 2e millénaire aura été, à des degrés divers, une source d’inquiétude pour de nombreuses personnes[5]. Au milieu de l’année 1996, une nouvelle comète (découverte un an plus tôt) fit son apparition dans le ciel : baptisée Hall-Bopp, elle parut, pendant quelques mois, aussi lumineuse que les étoiles les plus brillantes. Était-ce le signe de la fin ? Plusieurs le crurent et une secte alla même jusqu’à organiser le suicide de ses membres. Mais l’arrivée du nouveau millénaire fut plus particulièrement redoutée par beaucoup pour une autre raison : le grand Nostradamus avait très clairement annoncé, pour le mois de juillet de l’année 1999, un événement exceptionnel. Un événement interprété par la plupart de ses commentateurs comme le signe annonciateur de la fin des temps :

 

« L’an mil neuf cent nonante neuf sept mois,

     Du ciel viendra un Grand Roy d’effrayeur :

Ressusciter le grand Roy d’Angoulmois,

Avant après Mars régner par bonheur. »

 

Centurie X, lxxii 

 

Commentaire de Serge Hutin :

 

« Un quatrain semblerait nous annoncer que l’Antéchrist parviendra au sommet de sa carrière lorsqu’il descendra du ciel (d’avion ? de fusée ?) pour sa prise de pouvoir […] signalons pourtant l’interprétation de Paul de Saint-Hilaire, pour lequel il s’agirait non de l’Antéchrist, mais de la seconde venue du Christ – le verbe effrayer pouvant avoir aussi – nous signalait-il – dans le français du xvie siècle, le sens d’« éteindre », « apaiser ».

Pour notre part, et en totale opposition avec Jean-Charles de Fontbrune, qui interprète le quatrain comme l’atterrissage du plus néfaste des chefs d’État, nous proposerons une version tout autre de ce vers : le Grand Roy d’effrayeur ne serait pas (selon nous) l’Antéchrist mais un phénomène astronomique, qui mettrait fin au présent cycle de l’humanité.

On pourrait fort bien interpréter la descente du Grand Roy d’effrayeur sur la terre par la chute d’un corps céleste – une comète ? une planète captée par l’attraction terrestre et venue du lointain espace ?

Ainsi se déclencherait un cataclysme géologique – déterminant le basculement subit de l’axe des pôles, avec pour conséquence un déluge universel – auquel bien peu survivraient parmi les représentants actuels de l’espèce humaine.

On peut donc dire que Nostradamus donne la date précise (juillet 1999) de la fin du monde actuel. Certes, il y aurait quelques survivants ; et ce pourrait être le noyau par lequel débuterait une nouvelle ère de l’humanité. Quelles seraient les rares régions épargnées par le cataclysme ? etc. »[6]

 

 

À moins qu’il faille se féliciter aujourd’hui de faire partie des rares survivants, il faut croire que la fin du Monde, n’était, une fois de plus, pas au rendez-vous. D’après les spécialistes scientifiques de la question, le soleil ne devrait s’éteindre que dans 5 milliards d’années. Privée de sa principale source de lumière et de chaleur, notre planète serait alors condamnée à « mourir » et ce serait alors la fin du monde tel que nous le connaissons aujourd’hui. D’ici là, le mythe de la Fin des temps a encore de beaux et longs jours devant lui…  

 

Thierry Murcia, 2002

 

[1] Josèphe Chartrou-Charbonnel, La Réforme et les Guerres de Religion, Paris, Éditions Armand Colin, 1936, p. 153-156.

[2] Cette comète, visible sous la constellation d’Orion, avait une queue s’étendant jusqu’à Sirius : la plus longue jamais observée.

[3] Bryan Wilson, Les Sectes religieuses, Paris, Hachette, 1970, p. 99-100 et 101-102.

[4] La tour de Garde du 1er Novembre 1995.

[5] Des craintes et des interrogations largement relayées par les médias et qui ont sans doute davantage à voir avec la superstition populaire qu’avec les convictions religieuses : parmi mes élèves, les plus inquiets étaient… des musulmans !

[6] Serge Hutin, Les prophéties de Nostradamus, Paris, J’ai Lu, 1982, pp. 97-98.

Début de l’article (1/3) :

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Deuxième partie de l’article (2/3) :

Voir également :

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