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Recherches historiques autour de la Bible, de Jésus et des premiers chrétiens

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Les miracles de Jésus sont-ils historiques ?

"Jésus, les miracles en question", Osmondes, Paris, 1998 - "Jésus, les miracles élucidés par la médecine", Carnot, Chatou, 2003
"Jésus, les miracles en question", Osmondes, Paris, 1998 - "Jésus, les miracles élucidés par la médecine", Carnot, Chatou, 2003

"Jésus, les miracles en question", Osmondes, Paris, 1998 - "Jésus, les miracles élucidés par la médecine", Carnot, Chatou, 2003

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LES MIRACLES DE JESUS ONT-ILS UNE REALITE HISTORIQUE ?
Une interrogation deux fois millénaire

Extrait de RFP Volume 1, numéro 3/4 - 2000

Résumé :

Les miracles de Jésus ont-ils une réalité historique ? En comparant notamment les guérisons attribuées à Jésus avec certains gestes thérapeutiques des meilleurs médecins de l'Antiquité, l'auteur, historien, est en mesure d'apporter une réponse positive à cette interrogation. C'est le thème même de son dernier livre paru aux Editions Osmondes : "Jésus, les miracles en question".

Abstract :

Have Jesus's miracles an historical foundation ? In comparing the so-called healings of Jesus to the best ancient medical practices, the author, an historian, is in position to give a positive response to this fundamental question. The solution he gives is the topic of his last book published in french : Jesus, questionned miracles (Osmonde Publisher).

Notre calendrier, qui compte les années depuis la date présumée de la naissance de Jésus, nous indique que nous pénétrons de plain-pied dans le IIIe millénaire. Or, après deux mille ans, la question de l'historicité des miracles évangéliques n'est toujours pas réglée. Elle continue de diviser les chercheurs en deux camps : d'un côté les miracles de Jésus sont présentés comme une manifestation surnaturelle de la divinité et ne peuvent à ce titre souffrir d'aucune contestation ou explication naturelle ; de l'autre ces mêmes faits sont tenus pour de la supercherie ou, dans le meilleur des cas, pour d'antiques et respectables légendes nées de la pieuse mais prolixe imagination populaire. Comme bien souvent en cas d'aporie, la solution du problème semble devoir emprunter la voie médiane.

Dans l'esprit des Juifs puis des Chrétiens du Ier siècle un miracle n'est pas nécessairement un phénomène surnaturel. En l'occurrence, notre vision moderne, qui se veut objective, est en réalité oblitérée par deux siècles de luttes entre l'Église et la Science. Une telle lecture des miracles évangéliques est anachronique, elle fait abstraction du domaine historico-philosophico-religieux dans lequel ils s'inscrivent.

Ainsi, du temps de Jésus, en Palestine, pays au climat sec, une pluie survenue après une prière fervente était considérée comme un "signe" du Ciel, sens que le mot miracle, aussi bien en grec qu'en hébreu, avait à cette époque. De même quand un médecin parvenait à guérir ou à soulager un malade, ce qui était loin d'être aussi systématique qu'aujourd'hui, la chose était considérée par la plupart comme une réponse de Dieu. Les maladies étaient en effet tenues pour des châtiments divins infligés pour des péchés intentionnels ou non. C'était donc Dieu qui accordait la guérison par l'intermédiaire du thérapeute. Dans l'Antiquité, d'ailleurs, les médecins étaient bien souvent des prêtres. En Grèce, en Égypte, les prêtres d'Asclépios, de Sérapis, d'Isis, pratiquaient des interventions chirurgicales dans les temples de leurs dieux respectifs. À Jérusalem les Lévites, prêtres du Temple, avaient des connaissances médicales. Du temps de Jésus des rabbins étaient également médecins.

À la lecture des Évangiles, justement, il apparaît que la plupart des miracles attribués à Jésus sont de type thérapeutique : Jésus guérit ou soulage des malades. Mais, au contraire des médecins du temps, ses services sont gratuits. Il garantit de surcroît au patient le pardon de ses fautes. Ajoutées au fait que sa "médecine" semble avoir été véritablement efficace ces raisons sont, dans le contexte de l'époque, largement suffisantes pour expliquer son énorme popularité. On apprend dans l'Évangile que Jésus guérit des "aveugles", des "paralytiques", ressuscite les "morts" mais se pose ici un problème de traduction. Par exemple le terme grec paralytikos qu'on trouve dans l'Évangile et qui a donné "paralytique", pouvait alors désigner une simple luxation. Quant à la distinction entre la mort réelle et définitive et le coma elle n'est pas encore toujours clairement établie aujourd'hui et l'on connaît de nombreux cas de personnes déclarées mortes par les médecins, expédiées à la morgue, puis revenues à la vie.

Dans les récits de miracles, rédigés en grec, on retrouve les mêmes mots et expressions que dans les comptes rendus, plus développés, d'opérations pratiquées par des médecins contemporains de Jésus. Dans les deux cas les différentes affections traitées et les différentes étapes du processus thérapeutique sont peu ou prou les mêmes. Ces récits se ressemblent à ceci près que, dans les Évangiles, l'action est le plus souvent résumée. Les rédacteurs chrétiens ne cherchent en aucun cas à dresser un rapport circonstancié des différents soins prodigués par Jésus mais bien plutôt à souligner leur résultat : la guérison effective du pêcheur. On nous fait seulement remarquer que Jésus "touche" systématiquement le patient, signe que la guérison n'est nullement imputable à de vagues formules magiques mais à un ou plusieurs gestes précis. Dans tous ces récits les mains, indispensable instrument de travail du praticien, sont toujours présentes. Elles apparaissent bien comme l'outil même sans lequel toute opération est impensable. Depuis Hippocrate (Ve s. av. J.-C.) les médecins avaient de bonnes connaissances en chirurgie à tel point que certaines interventions sont restées, dans le principe, inchangées depuis. Les Anciens n'étaient pas ces "ignorants" que l'on se plaît parfois à imaginer. Ce serait se laisser aveugler par notre orgueil d'homme moderne que de raisonner ainsi. On sait, en effet, que le progrès technologique ne fait pas nécessairement de l'homme un sage.

Qui plus est, dans les Evangiles, Jésus guérit les malades mais ne scie pas des planches. Il n'est charpentier que dans nos traductions. En grec Jésus est appelé tektôn (Marc VI, 3) comme son père (Matthieu XIII, 55). Dans la Bible (version des Septante) le mot tektôn signifie tout au plus "artisan". À cette époque, et jusqu'à la Révolution Française (!) le médecin, le chirurgien, ni agriculteur, ni commerçant, est considéré comme un artisan (il travaille de ses mains, c'est le sens exact du mot "chirurgien" en grec) mais le mot grec tektôn, que l'on trouve dans l'Evangile, n'est déjà plus lui-même que la traduction d'un mot araméen qui était alors la langue parlée par Jésus.

Ce mot, oumân, en araméen comme en hébreu, avait justement deux significations : "artisan" et "chirurgien", "médecin". En rendant oumân par tektôn, les traducteurs grecs des Evangiles, dès la fin du Ier siècle de notre ère, ont donc opéré un choix qui conditionne encore aujourd'hui notre compréhension des récits de guérisons accomplies par Jésus. Il est bien évident qu'on ne lira pas ces textes de la même façon selon que le thérapeute sera présenté comme étant médecin ou comme tant charpentier.

Le miracle, cependant, garde tout son sens car, même si l'intervention était pratiquée par un bon médecin, la guérison restait toujours aléatoire. Or Jésus semble guérir de très nombreux malades. De plus, nouveauté extraordinaire, il donne l'absolution. Le pardon des péchés était pourtant du seul ressort de Dieu. En cela, Jésus, qui réussit dans toutes ses entreprises, semble bel et bien avoir la faveur du Père.

Pour ses contemporains Jésus pose encore un autre problème : il n'hésite pas à prodiguer des soins et à à guérir le jour du sabbat. Or, ce jour-là, il était strictement interdit de travailler, de fournir un quelconque effort. Cette interdiction formelle, toujours en vigueur en Israël, est codifiée dans la Loi mosaïque que Dieu est censé avoir édictée sur le Sinaï et qui se trouve consignée dans le Décalogue : c'est le quatrième commandement. En l'occurrence, il n'y a pas de dérogation. Celui qui, ce jour-là, prodigue des soins à un patient pour soulager ses souffrances, ou l'amener vers la guérison, commet une infraction grave car il désobéit formellement à Dieu.

Contre toute attente Jésus soigne les jours de sabbat. Puisque non seulement Il ne châtie pas aussitôt le transgresseur de la Loi mais que, de surcroît, Il semble toujours accorder la guérison aux malades, Dieu, qui en a seul le pouvoir, approuve donc explicitement l'activité illégale de Jésus. C'est du point de vue biblique ce qu'on appelle un signe, un miracle incontestable. En violant le sabbat, Jésus délivre donc un message : l'amour du prochain prime sur les prescriptions religieuses. Et en se manifestant directement au travers des diverses guérisons "illicites" de ce multirécidiviste, c'est Dieu lui-même qui cautionne ce commandement nouveau. Les pharisiens, pour la plupart adversaires de Jésus, assistent impuissants à cette démonstration active de l'amour divin mais la rejettent avec colère. Elle s'oppose trop à leur propre interprétation de la Loi mosaïque.

On notera qu'au Moyen Age de nombreux hommes d'Eglise seront eux-mêmes médecins. Dans les monastères de cette époque on recueillait et étudiait les textes médicaux anciens, on en ajoutait parfois de nouveaux. Saint Benoît de Nursie (VIe s. apr. J.-C.), le fondateur de l'ordre des bénédictins, avait exigé de ses moines qu'ils étudiassent toutes les sciences et en particulier la médecine. Jésus était reconnu, par tous les croyants, comme l'unique médecin véritable, le seul qui pût guérir à la fois le corps et l'âme. En grec précisément, "Sauveur" (Sôter) a aussi le sens de "médecin". Des médecins chrétiens appelés "anargyres", c'est-à-dire "sans argent" parce qu'ils soignaient gratuitement, suivront ses traces. L'Eglise a retenu les noms de Côme, Damien et de Pantaléon. Elle en a fait des Saints. Du fait des guérisons accomplies par leur entremise et de leur capacité de résistance aux divers supplices les païens les accuseront de pratiquer la sorcellerie et leur feront subir le martyre.

Longtemps, en terre chrétienne comme en terre d'Islam, des médecins trop compétents se sont vus condamnés pour sorcellerie. Contre Jésus, certains pharisiens ont porté la même accusation. Eux-mêmes faisaient partie des gens instruits, sans doute n'y croyaient-ils pas vraiment mais tentaient-ils, grâce à cette calomnie, d'éloigner par la peur le petit peuple de cet agitateur trop charismatique. En réalité, hormis son enseignement "subversif", ils lui reprochaient deux choses : de ne pas respecter le jour du sabbat et de pratiquer des exorcismes. Ils attribuaient le résultat de ces derniers à l'action de Béelzébul, autrement dit au Diable. Cet aspect du problème se situe en dehors du cadre du présent article.

Ce n'est donc pas le degré de surnaturel - comme on mesure le degré d'alcool ! - qui fait des miracles des meilleures actions accomplies par Jésus mais le contexte particulier dans lequel elles s'inscrivent. Que le croyant se rassure : la Foi chrétienne ne s'appuie pas sur de lointains et incertains phénomènes qui échapperaient à la Raison ce qui pourrait sembler bien précaire. Au contraire, le message délivré par Jésus et les signes qui l'ont accompagné et illustré peuvent être considérés comme historiques et donc bien réels. Quand au non-croyant il aurait tort de rejeter en bloc le message chrétien sous prétexte que des miracles sont consignés dans les Evangiles. Les miracles de Jésus, explicables ou non d'ailleurs, n'ont jamais constitué des preuves mais des signes. Le croyant les reçoit, le non croyant ne les reçoit pas. C'est là que réside la Foi.

Thierry Murcia, 2000

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