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Recherches historiques autour de la Bible, de Jésus et des premiers chrétiens

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Le Blasphème contre le Saint Esprit

Jean Théodore de Bry - Bible latine illustrée : Blasphémateur lapidé (Nombres XV)

Jean Théodore de Bry - Bible latine illustrée : Blasphémateur lapidé (Nombres XV)

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Le Blasphème contre le Saint Esprit

 

« Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné ; mais qui aura blasphémé contre le Saint-Esprit, cela ne lui sera pas pardonné. »

 

Luc XII, 12.

 

D’un point de vue biblique, le blasphème consiste prioritairement à outrager le Saint Nom de Dieu (Lévitique XXIV, 11, 16 ; Isaïe LII, 5 ; Psaumes, LXXIV, 10, 18 ; II Maccabées VIII, 4 ; Romains II, 24 ; I Timothée VI, 1 ; Jacques II, 7 ; Apocalypse XIII, 6 ; XVI, 9) et maudire Dieu lui-même ou son Saint Nom (YHWH) revient à blasphémer (Exode XXII, 27 ; Lévitique XXIV, 11-16 ; I Samuel III, 13 ; I Rois XXI, 10, 13 ; Job II, 9).

 

Du temps de Jésus, la notion de blasphème s’élargit sensiblement. D’abord appliqué à Dieu et à son Nom, le blasphème peut également toucher : la Parole de Dieu (Tite II, 5), la doctrine chrétienne (I Timothée VI, 1 ; II Pierre II, 2), les anges appelés « Glorieux » ou « Gloires » qui sont les sept Archanges (II Pierre II, 10 ; Jude I, 8), voire Moïse lui-même (Actes VI, 11). À plusieurs reprises, Jésus est accusé de blasphème par certains de ses détracteurs, notamment pour avoir pardonné les péchés (Matthieu IX, 3 ; Marc II, 7 ; Luc V, 21) – ce qui est du seul ressort de Dieu – ou pour s’être présenté comme le Fils du Très-Haut (Matthieu XXVI, 65 ; Marc XIV, 64 ; Jean X, 33-36). Mais, du temps de Jésus, seul le blasphème contre le Saint Nom de Dieu, YHWH, était passible de mort. On se référait à Lévitique XXIV, 16 :

 

« Celui qui blasphème le nom du Seigneur (YHWH) sera mis à mort : toute la communauté le lapidera ; émigré ou indigène, il sera mis à mort pour avoir blasphémé le Nom. »

 

Celui qui avait utilisé un autre nom que le Tétragramme (YHWH), Adonaï ou El Shaddaï, par exemple, était relaxé. Mais celui qui avait profané le Saint Nom en le maudissant ou en l’insultant était condamné. La peine prévue au ier siècle était la lapidation ou la pendaison (Sifra sur le Lévitique, XXIV, 103d ; Sifre sur le Deutéronome, XXI, 22 ; Mishna, Sanhédrin, VII, 5).

 

Mais Jésus parle également d’un autre blasphème :

 

« Je vous le déclare, tout péché, tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas pardonné. Et si quelqu’un dit une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné ; mais s’il parle contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pardonné ni en ce monde ni dans le monde à venir. »

 

Matthieu XII, 31-32.

 

Mais en quoi donc consiste, pour Jésus, ce blasphème contre le Saint-Esprit, le seul péché irrémissible ? Pour le savoir, comme bien souvent, cette déclaration doit être replacée dans son contexte immédiat. Jésus vient de procéder à des exorcismes et quelques pharisiens, nous disent les évangélistes, l’accusent alors d’opérer par le pouvoir de Belzébul. C’est là que Jésus les met en garde : si c’est par l’Esprit de Dieu (Matthieu XII, 28) qu’il chasse les démons, non seulement ses détracteurs font une grave erreur mais, en l’appelant Belzébul, c’est le Saint-Esprit qu’ils offensent en réalité. Le commentaire de Marc va dans le même sens. Jésus leur dit cela parce qu’eux-mêmes disaient : « Il a un esprit impur » (Marc III, 30). En accusant Jésus d’être également possédé, ses opposants ne sont-ils pas en train de confondre l’esprit impur et l’Esprit de Dieu et, ce faisant, d’insulter ce dernier ?

 

Le blasphème contre le Saint-Esprit, seul péché impardonnable aux yeux de Jésus, consiste donc à le profaner en lui faisant offense. « Parler contre l’Esprit Saint » revient à « dire du mal » de lui. Et attribuer à Satan ce qui est du ressort de l’Esprit Saint – et prendre ainsi l’un pour l’autre – revient en définitive à appeler Dieu (ou l’Esprit Saint) « Satan » et donc à l’outrager gravement.

 

Notre interprétation se trouve en partie confirmée par la Didachê ou Doctrine des douze apôtres, un écrit issu d’un milieu juif chrétien et rédigé à la fin du ier siècle ou au début du iie siècle. On y lit ceci :  

 

« Vous néprouverez ni ne jugerez aucun prophète qui parle en esprit. Car tout péché sera remis, mais pas celui-là. »

 

Didachê, XI, 7.

  

Thierry Murcia, 2002 (corrections 2004 - revu 2018).

Voir également :

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