Recherches historiques autour de la Bible, de Jésus et des premiers chrétiens
13 Juin 2021
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Thierry MURCIA | Aix-Marseille University - Academia.edu
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Jésus était-il “rabbin” ? Jésus était-il marié ?
Thierry MURCIA
Centre Paul-Albert Février (TDMAM-UMR 7297/Aix-Marseille Université-CNRS)
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Les Noces de Cana, enluminure extraite des Grandes heures de Jean de Berry (1409)
Préambule
Précisons tout d’abord qu’il n’existe aucun document antique (authentique)[1], qu’il soit d’origine juive, chrétienne, gnostique[2] ou païenne, qui attribue de compagne sexuelle à Jésus. Ce désir de voir Jésus mener une vie de couple “traditionnelle” est une préoccupation toute moderne. L’idée selon laquelle Jésus et Marie-Madeleine étaient mariés et ont eu des enfants n’a vu le jour que dans la seconde moitié du XXe siècle[3]. Elle a pris une tournure phénoménale depuis la parution du Da Vinci Code en 2003, à tel point qu’on ne compte plus aujourd’hui le nombre de personnes qui se prétendent leurs descendants…
[1] Il a été démontré depuis que le soi-disant morceau de papyrus de la taille d’une carte de crédit abusivement baptisé “évangile de la femme de Jésus” par Karen L. King (2012) était en réalité une contrefaçon récente. Seul le support est ancien (VIIe-VIIIe siècle). Le texte, lui, a été rédigé au début des années quatre-vingts. Voir ici mon article en ligne “Le prétendu Évangile de la femme de Jésus : un faux manifeste” : https://marie-la-magdaleenne.over-blog.com/2018/04/l-evangile-de-le-femme-de-jesus.html
[2] Dans l’évangile selon Philippe, écrit apocryphe classé parmi les textes gnostiques, la Magdaléenne est appelée “la compagne” de Jésus. Sur cette question, voir mon article en ligne “Marie-Madeleine et l’Évangile selon Philippe” : https://marie-la-magdaleenne.over-blog.com/2021/04/marie-madeleine-et-l-evangile-selon-philippe.html
[3] Avec le roman de Níkos Kazantzákis, La Dernière Tentation du Christ, publié en 1955 et porté à l’écran par Martin Scorsese en 1988.
Argument :
Jésus était marié
Nombreuses sont les personnes, y compris dans le milieu scientifique, qui soutiennent aujourd’hui que Jésus était marié. Leur principal argument peut s’énoncer ainsi :
“Jésus était certainement marié car Jésus était rabbin et, à l’époque, tout rabbin devait obligatoirement être marié et avoir des enfants”.
Contre-argument :
En réalité – comme nous allons le voir – ces deux affirmations sont fausses :
Jésus n’était pas un rabbin
Les rabbins sont, pour l’essentiel, les héritiers spirituels des pharisiens. Le terme de “rabbi” pour désigner spécifiquement les rabbins est postérieur à la destruction du Temple en 70. Avant cette date – même si certains pharisiens ont parfois été rétroactivement honorés du titre de rabbi[1] dans la littérature rabbinique postérieure – il n’y avait pas à proprement de “rabbins” car le rabbinisme n’avait pas encore été institué. On ne peut parler que de pharisiens[2] et de scribes. Si Jésus ne pouvait donc pas être rabbin, au sens où on l’entend, il n’était pas davantage pharisien, ni sadducéen. Il les critique parfois vertement[3] et ne respecte pas leurs prescriptions[4] et, contrairement à eux, il fraie avec publicains et pécheurs et prend ses repas avec eux[5]. Nombre d’entre les pharisiens cherchent à le discréditer et/ou à le piéger[6] et ils lui reprochent clairement de ne pas être de leur sérail[7].
Le fait que, dans les évangiles, Jésus soit parfois appelé “rabbi” par ses disciples[8] ne fait pas de lui un rabbin. La preuve en est que Jean le Baptiste est également appelé rabbi par ses disciples (Jean 3, 26) et qu’il n’était certainement pas, lui non plus, ni rabbin, ni pharisien. Rabbi signifie simplement “mon maître”, en hébreu, et correspond au grec didaskalos, “maître, enseignant”, ainsi que Jean lui-même prend la peine de le préciser à son lecteur lors de la première mention de ce terme dans son évangile :
Jésus se retourna et, voyant qu’ils le suivaient, leur dit : “Que cherchez-vous ?” Ils lui dirent : “Rabbi – ce qui veut dire Maître[9] – où demeures-tu ?” (Jean 1, 38)
[1] Rabbi Yehoshuah ben Peraḥiah, par exemple (début du Ier siècle avant notre ère), dont un récit satyrique rabbinique tardif fait le maître de Jésus. Voir Thierry Murcia, Jésus dans le Talmud et la littérature rabbinique ancienne, Turnhout, Brepols, 2014, p. 377-422.
[2] Gamaliel est un pharisien : Actes 5, 34 ; 22, 3.
[3] Matthieu 3, 7 ; 5, 20 ; 12, 34, 38-39 ; 15, 12-14 ; 16, 6, 11, 12 ; 23, 13-39 ; Marc 8, 15 ; Luc 7, 30 ; 11, 39-52 ; 12, 1 ; 16, 14-15 ; 18, 10-14 ; Jean 9, 40-41.
[4] Non-respect des jours de jeûne (Matthieu 9, 14 ; Marc 2, 18 ; Luc 5, 33), épis froissés un jour de sabbat avant d’être consommés (Matthieu 12, 1-8 ; Marc 2, 23-28 ; Luc 6, 1-5), omission du lavage des mains avant le repas (Matthieu 15, 1-2 ; Marc 7, 1-5 ; Luc 11, 38). Sur les soins prodigués par Jésus au sabbat (jour ou tout travail est interdit), voir plus spécialement Thierry Murcia, Jésus, les miracles élucidés par la médecine, Paris, Carnot, 2003.
[5] Matthieu 9, 11 ; Marc 2, 16 ; Luc 5, 30 ; 15, 2.
[6] Matthieu 9, 34 ; 12, 14, 24, 38 ; 16, 1 ; 19, 3 ; 21, 45-46 ; 22, 15 ; Marc 3, 6 ; 8, 11 ; 10, 2 ; 12, 13 ; Luc 6, 7 ; 11, 53-54 ; Jean 7, 32 ; 8, 3-6 ; 11, 57 ; 12, 42 ; 18, 3.
[7] “Par quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t’a donné cette autorité ?” (Matthieu 21, 23 ; Marc 11, 28 ; Luc 20, 2).
[8] Matthieu 26, 25 et 49 ; Marc 9, 5 ; 11, 21 ; 14, 45 ; Jean 1, 38 et 49 ; 3, 2 ; 4, 31 ; 6, 25 ; 9, 2 ; 11, 8.
[9] Cf. Jean 20, 16.
Quid des prescriptions rabbiniques ?
On tient généralement pour acquis que le célibat était condamné par les rabbins et que l’absence de descendance, si elle était volontaire, était regardée comme une faute. D’après le Talmud, un homme devait se marier entre seize et vingt-quatre ans et, de préférence, entre dix-huit et vingt ans. En vertu de ces prescriptions, tout Juif pieux aurait donc eu l’obligation de prendre une épouse et d’avoir des enfants.
La réalité n’est pas aussi simple. Les sources rabbiniques, tout d’abord, ne sont pas univoques. La littérature talmudique se présente plutôt comme “un océan” dans lequel on trouve aussi bien des textes qui condamnent le célibat que d’autres qui louent les mérites du rabbin célibataire et chaste, ce qui prouve qu’il y en avait. Le Talmud a d’ailleurs conservé les noms de trois d’entre eux[1] – en sus de Shimon Ben Azzaï (IIe siècle), le plus connu car fréquemment cité[2]– qui étaient dans ce cas[3]. Ces règles étaient donc loin d’être unanimement respectées, y compris par les rabbins eux-mêmes.
Mais le plus important est que ces règles n’ont été édictées que bien après la destruction du Temple en 70[4]. Non seulement elles n’étaient pas encore en vigueur du temps de Jésus, mais ce sont ces mêmes sources rabbiniques qui témoignent que, même dans le judaïsme postérieur à 70, le célibat était encore couramment pratiqué. En fait, la pensée rabbinique, héritière du pharisaïsme, a considérablement évolué entre le Ier siècle et le début du Moyen âge. Et ce sont surtout les rabbins de Babylone (qui composent leur corpus talmudique entre le VIe siècle et la fin du VIIIe siècle) qui discréditent le célibat.
Vouloir transposer à Jésus des règles matrimoniales qui n’avaient pas encore été établies revient donc à commettre un anachronisme.
[1] Une tradition rabbinique veut même qu’une place spécifique dans le Paradis ait été réservée à cette catégorie de “Justes”.
[2] Ben Azzaï fait partie des quatre rabbins qui, d’après le Talmud, eurent le privilège de pénétrer vivants dans le Paradis.
[3] On trouvera toutes les références des sources non bibliques mentionnées dans cet article dans Marie appelée la Magdaléenne : Entre traditions et histoire (Ier-VIIIe siècle), Presses Universitaires de Provence, Aix-en-Provence, 2017, p. 159-167 (Chapitre XI intitulé “Jésus était-il marié ?”).
[4] Selon les données traditionnelles et la chronologie communément admise, la Mishna – la partie la plus ancienne du Talmud – aurait été achevée vers 200-220 par Rabbi Yehuda ha-Nasi.
La réalité concernant la pratique du célibat dans la société juive du temps de Jésus
La situation au Ier siècle
Il convient tout d’abord d’observer que si le “judaïsme” que nous connaissons aujourd’hui se ramène peu ou prou au “rabbinisme”, les choses étaient très différentes au Ier siècle de notre ère. En fait, le judaïsme proprement rabbinique – d’essence essentiellement pharisienne – ne fait son apparition qu’après la destruction du Temple en 70 apr. J.-C. Du temps de Jésus, le judaïsme était éminemment pluriel et il se déclinait en plusieurs “sectes” : Pharisiens, Sadducéens, Esséniens, Baptistes, Thérapeutes… pour ne parler que des plus connues. Non seulement aucune n’exerçait une forme de monopole mais la plupart des Juifs n’adhéraient sans doute à aucune d’elles.
Que disent les sources contemporaines ?
Tous les auteurs contemporains – tant juifs que païens – Philon d’Alexandrie (v. 20 av. J.-C. - v. 45 apr. J.-C.), Flavius Josèphe (37/38 – v. 100 apr. J.-C.), Pline l’Ancien (23-79 apr. J.-C.), attestent que le célibat était alors couramment pratiqué dans la société juive de leur temps et qu’il était même la norme dans certains milieux. Aucun document de l’époque ne condamne le célibat ni ne le discrédite. Au contraire, dans toutes les sources de cette époque qui traitent du sujet, il est mis à l’honneur. Le Juif Philon en loue les mérites et le mouvement juif des Thérapeutes, qui le pratiquent, est présenté comme un modèle de sainteté par le même philosophe. Les Esséniens – qui, nous dit Josèphe, était le deuxième groupe juif le plus important en nombre de membres après celui des pharisiens – vivaient pour la plupart dans le célibat le plus strict et ils sont décrits avec admiration par les auteurs contemporains aussi bien juifs (Philon, Josèphe), que non juifs (Pline l’Ancien, Dion Chrysostome).
Quid des pharisiens ?
Il est possible que les pharisiens aient fait la promotion du mariage et de la procréation mais nous n’en avons aucune certitude. Paul était d’obédience pharisienne (Actes 23, 6 ; 26, 4-5 ; Philippiens 3, 5) et il n’avait pas d’épouse (1 Corinthiens 7, 7-8). Certains ont suggéré qu’il était veuf. Quoi qu’il en soit, lui aussi fait clairement l’apologie du célibat (1 Corinthiens 7, 1-9). Ce faisant, il n’introduit aucune nouveauté. Il est seulement l’héritier d’une certaine philosophie de vie. De son côté, l’auteur de l’Apocalypse, qui n’a visiblement aucun lien avec l’Apôtre Paul, fait lui aussi clairement l’apologie de la virginité masculine :
Ceux-là (les 144.000), ils ne se sont pas souillés avec des femmes, ils sont vierges ; ceux-là suivent l’Agneau partout où il va ; ceux-là ont été rachetés d’entre les hommes comme prémices pour Dieu et pour l’Agneau. (Apocalypse 14, 4)
Voici, en outre, ce que Jésus lui-même dit, d’après Matthieu :
Il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des Cieux. (Matthieu 19, 12)
De tels propos sonnent clairement comme une apologie de la chasteté et donc du célibat. Ils ne sont pas nés de rien mais sont dans l’air du temps : “Mieux vaut ne pas avoir d’enfants et posséder la vertu”, lit-on dans le livre de la Sagesse de Salomon (4, 1), un écrit (juif) rédigé quelques décennies à peine avant la naissance du christianisme.
Le cas de Jean le Baptiste
Jean le Baptiste était le ou l’un des maîtres spirituels de Jésus et, du moins, son devancier et Jésus lui-même le présente comme un modèle. Or, Jean le Baptiste n’était lui-même sûrement pas marié[1] et nul ne s’est pourtant jamais efforcé de lui attribuer une épouse car cette situation n’a jamais semblé insolite à personne (quid dans son cas de nos fameuses prescriptions rabbiniques qui condamnent le célibat ?). De son vivant, les adversaires du Baptiste semblent avoir été très minoritaires. Jean passe pour un prophète, “un homme juste et saint” (Marc 6, 20) aux yeux de la plupart de ses contemporains. Et Jésus lui-même en parle comme du “plus grand parmi les enfants des femmes” (Matthieu 11, 11 ; Luc 7, 28) et le présente comme le “nouvel Élie” (Matthieu 11, 14 ; 17, 10-13 ; Marc 9, 11-13 ; Luc 1, 17. Cf. Jean 1, 21). Tout ceci n’est pas anodin car Élie, justement – de même que son disciple Élisée – étaient connus dans l’ancienne tradition juive pour être demeurés célibataires (voir infra). Et, si certains de ses contemporains s’interrogent pour savoir si Jean ne serait pas le Messie (Luc 3, 15 ; Jean 1, 20), aucun ne songe, en revanche, à lui faire grief de son mode de vie.
Flavius Josèphe, de son côté, mentionne également dans ses écrits un certain ermite du nom de Bannous qui fut son maître durant trois ans et qui vivait dans les solitudes désertiques. Il est de même très improbable que cet autre ascète juif, qui vivait dans les années 50 apr. J.-C. et qui présente plusieurs points communs avec le Baptiste, ait eu femme et enfants.
[1] La documentation chrétienne la plus ancienne veut également qu’il soit demeuré célibataire, ce qui, vu son mode de vie, n’a évidemment rien d’étonnant.
Jésus comparé uniquement à des prophètes célibataires par ses contemporains
S’il semble assez clair que la vie que Jésus mène alors n’est pas compatible avec une vie de famille, un fort indice interne indirect étaye la thèse du célibat. À la question bien connue de Jésus, adressée aux disciples : “Au dire des gens, qu’est le Fils de l’homme ?”, ceux-ci lui répondent sans ambages : “Pour les uns, Jean le Baptiste[1] ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou quelqu’un des prophètes” (Matthieu 16, 13-14. Cf. Marc 6, 14-16 ; 8, 27-28 ; Luc 9, 7-9, 19). En un autre endroit, Jésus lui-même se compare à Élie et à Élisée (Luc 4, 24-27). Ces quelques éléments, en apparence anodins, sont en réalité capitaux. Ces quatre figures bibliques, à qui Jésus lui-même s’identifie et/ou est spontanément identifié par ses coreligionnaires, n’ont pas été retenues au hasard. La présence de Jérémie dans cette liste (Matthieu 16, 14) retient immédiatement l’attention[2]. En effet, Jérémie est connu pour être le seul prophète pour lequel la Bible nous dit explicitement qu’il était célibataire (non par choix, mais à la suite d’une injonction divine) :
Ne prends pas femme ; tu n’auras en ce lieu ni fils ni fille ! (Jérémie 16, 2).
Quant à Élie et Élisée, une tradition juive ancienne[3] – attestée à la fois par les sources rabbiniques et par des sources chrétiennes – veut de même qu’ils soient demeurés célibataires. En somme, Jésus n’est comparé – ou ne se compare – qu’à des prophètes connus pour être restés célibataires selon l’opinion commune de l’époque. Il est bien évident que c’est le mode de vie alors adopté par Jésus qui amène ces comparaisons. L’opinion de ses contemporains ne se fonde naturellement que sur ce dont eux-mêmes sont témoins. Comment d’ailleurs, après la mort de Jean, un homme ayant charge de famille aurait-il pu passer pour le Baptiste ressuscité ? Tout laisse à penser qu’avant la chute du Temple en 70, l’ambiance prophétique et messianique était incontestablement au célibat.
Les témoignages postérieurs concernant l’état matrimonial de Jésus
Que dit la tradition la plus ancienne ?
Les auteurs chrétiens les plus anciens (IIe et IIIe siècles) à avoir explicitement abordé cette question (Tatien, Tertullien, Clément d’Alexandrie, Méthode d’Olympe) sont catégoriques : Jésus était célibataire. Et tous le considèrent comme un modèle de chasteté. Un modèle que le Syrien Tatien (vers 120-180 apr. J.-C), notre témoin le plus ancien – parfois considéré comme l’un des pères de l’encratisme – aurait d’ailleurs souhaité voir étendu à tous les fidèles. Que leur témoignage soit orienté ou non, il s’agit là des représentants de la tradition la plus ancienne.
Que disent les adversaires du christianisme ?
Il est notable qu’aucun auteur ancien – y compris parmi les plus farouches adversaires du christianisme (Celse, Porphyre, Julien dit l’Apostat…) – n’ait jamais signalé, ni même laissé entendre que Jésus ait été marié et/ou ait eu des enfants. Il en est de même concernant les sources juives, tant rabbiniques – censées faire la promotion du mariage – que non-rabbiniques. Nul parmi les auteurs de ces divers écrits – que l’on ne saurait taxer de complaisance vis-à-vis de la personne de Jésus – n’a donc jamais pensé, ni estimé utile, d’opposer un démenti à l’affirmation chrétienne que Jésus était célibataire.
Conclusion
Contrairement à ce qui a longtemps été soutenu – y compris par nombre de spécialistes et d’historiens reconnus – le célibat était couramment pratiqué en Israël du temps de Jésus. Les sources contemporaines – de toute origine – sont unanimes. Les prescriptions rabbiniques visant à encourager le mariage et la procréation sont postérieures de plusieurs décennies et, même au sein du rabbinisme, elles ne se sont imposées que tardivement. Au vu des éléments directs et indirects dont nous disposons sur le personnage Jésus et sur le contexte historique et socioculturel dans lequel il se situe, la probabilité qu’il ait été marié est en réalité très faible, ce que la tradition la plus ancienne ne fait, somme toute, que confirmer.
Un dernier élément doit, en outre, être pris en compte : on pouvait parfois rester longtemps célibataire avant de prendre femme. À ce titre, les règlements rabbiniques qui établissent qu’un homme doit se marier autour de ses vingt ans sont davantage l’expression d’une volonté visant à établir une norme que le reflet d’une réalité vécue. D’autres sources juives indiquent au contraire que l’âge idéal, pour un homme, était compris entre trente et quarante ans. Ainsi peut-on lire dans un autre écrit rabbinique :
Il est courant qu’un homme épouse une femme à l’âge de trente ou quarante ans.
Thierry Murcia, PhD, 13 Juin 2021
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Jésus était-il "rabbin" ? Jésus était-il marié ?
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